À l’opéra

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Photo by Sophie Ausilio. « La scène », opéra de Bordeaux 2017.

À L’opéra

Face aux délicates portes de bois, promesses de salons habités de chaises pourpres, nous ne savons où aller.

Deux hôtesses, en tailleur noir et cheveux noués sur la nuque nous interpellent.

« Mesdames, vos cartons, s’il vous plaît ? » Nous les sortons. Leurs sourires se font plus chaleureux. « C’est par ici. Prenez les sièges que vous souhaitez dans ce périmètre. »

Nous avançons, un peu intimidées, dans la loge réservée aux invitées.
Je chuchote. « Viens Maman. On s’assoie là. »

La scène altière nous éblouit, nous nous taisons. Nos yeux ne savent plus où se poser. Les murmures de la fosse nous bercent. Mes mains caressent la rambarde, elle me renvoie à Renoir. Je me prends déjà pour une belle parisienne, dont le bracelet d’or scintille délicatement sur son gant et qui observe qui la regarde.

Les lumières d’un seul coup se tamisent. Le piano cristallise nos regards. Les derniers toussotements du public se précipitent.

Une jeune femme s’avance. Front cintrée d’un diadème, elle porte une robe longue, blanche, retenue par une bretelle. Elle nous sourit. Sa main délicate dessine une volute, sa tête gracile oscille. Le pianiste obéit. La voix s’envole, cristalline.

Me voici chez Zola. J’imagine Nana dans les coulisses. Je ne suis plus moi, je suis une autre dessinée par Renoir, vêtue d’une robe de soie bleue, mon corset m’oppresse un peu. Je joue de mon éventail, salue le jeune homme qui me regarde à travers ses jumelles de théâtre. Une odeur de violettes emplit mon nez. Mon âme s’envole vers le Paris de 1880.

Les spectateurs applaudissent. C’est déjà fini.

Nous repartons avec Maman, sous la pluie fine de novembre. Sourires aux lèvres. C’était si bien.

 

13 Comments

  1. L’Opéra me fait le même effet. J’ai souvent les yeux humides au début, émue d’avance comme si j’avais l’assurance du plaisir musical. Je suis très excitée et à la fois je n’ose jamais bouger, tousser, respirer de peur d’interrompre la magie de l’instant.
    Je vous recommande à l’Opera Franco Fagioli qui m’a éblouie dans un répertoire d’Haendel que j’adore. Je n’avais jamais vu aussi vivant, joyeux et généreux sur scène.

    Le véritable orgasme, les larmes aux yeux, est arrivé à la fin lorsqu’il a fait chanter la salle entière  » Lascia ch’io pianga « .

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  2. Ah nous y voici dans ton 19eme. Un temps, un siècle où les Flaubert et les Balzac auraient pu côtoyer des Manet des Renoir des Degas ou des Sisley.oh comme ces impressionnistes ont toujours su me captiver et me capturer . oh je me serais bien vu derrière un chevalet!

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